Je suis une super-héroïne... J’ai sauvé Raymond !!!
Parce qu’on ne le sait pas, mais hier, un drame s’est produit. Les journaux n’en ont pas parlé, par pudeur sans doute, mais c’est vrai. On est passé à coté du drame, du chaos, de l’apocalypse…
Et j’ai réussi à éviter ça. J'attends d'un moment à l'autre l'appel de félicitations du Président.
Voilà l’histoire : hier soir, alors que je quittais le bureau toute guillerette, un nuage glacial m’a soudain enveloppée : Raymond avait disparu.
Là où il était sensé m’attendre, placide, dévoué, un rien admiratif comme chaque jour, se trouvait un trou, que dis-je un gouffre, un précipice.
Et bien sûr, pas âme qui vive aux alentours, susceptible de m’éclairer sur le sort qui avait été réservé à ce pauvre Ray, pas d’indice pouvant m’indiquer comment il avait été enlevé.
Bref, j’ai passé une soirée et une nuit horribles, à imaginer le pire, les tortures et peut-être la mort pour cet ami. J’ai gardé le téléphone tout contre moi, au cas où les vils kidnappeurs m’appelleraient pour avouer leur terrible crime… J’ai consulté mes comptes bancaires, appelé mes parents, mes amis, pour commencer à réunir des fonds en cas de demande de rançon… J’ai prié Dieu, Allah, Yahvé, Bouddha, et suis allée allumer un cierge au Sacré-Cœur… J’ai mis en place un plan de recherches, quadrillant la ville, pour tenter de retrouver un maigre indice… J’ai parcouru le site Internet de Raël, pour savoir si un débarquement d’extra-terrestres avait été annoncé … J’ai envoyé des emails contenant les mots "Ben Laden", "attentat", "sexe", pour attirer l’attention des services secrets américains…
Et aujourd’hui, au petit matin, je suis retournée sur les lieux du crime, et ai interrogé les ouvriers du chantier de construction voisin. J’ai réussi à émouvoir un homme en costume-cravate qui inspectait les travaux, et qui a ordonné que tout soit mis en œuvre pour m’assister dans ma quête. Et après avoir entamé les recherches, soudain, alors que je m’approchais d’un coin sombre à l’ombre d’une palissade, mon cœur s’est éclairé : il était là, toujours aussi beau, toujours aussi gentil, avec un regard reconnaissant et ému, que je n’oublierai jamais. Nous nous sommes jetés dans les bras l’un de l’autre en nous promettant de ne plus jamais nous séparer, pendant qu’une musique romantique démarrait, que la lumière disparaissait, et que les mots "The End" s’affichaient…
Bon, en vrai, Raymond est mon vélo, des ouvriers avaient creusé des tranchées à l’emplacement du parking deux-roues où il était garé, et l’avaient mis à l’abri. Quant à moi, je suis liquéfiée à cause de la chaleur, et couverte de poussière grâce à cette visite de chantier impromptue, ce qui a réduit à néant toute possibilité de séduction d’un être vivant.
Mais dit comme ça, c’est tout de suite moins romanesque.
J’ai déjeuné avec une copine qui m’annoncé que son ch'tit copain de trois semaines l’avait quittée, en lui expliquant que "elle n’était pas assez fragile pour lui".
La vache, ça c’est une bonne phrase de rupture.
Dans la lignée des "tu es trop bien pour moi", "ce n’est pas toi c’est moi", "je ne te mérite pas", "cette relation me fait peur", "je veux vraiment qu’on reste amis", "je sors d’une longue (et douloureuse) relation", "je te respecte trop pour rester avec toi" et toutes les autres raisons données pour mettre fin à une relation.
Je ne sais pas pourquoi, mais ça doit sembler trop banal, trop creux de dire simplement "je ne t’aime plus/pas", "on n’a aucun avenir", "je préfère coucher avec ma/mon secrétaire"...
En tous cas, j’imagine que le but en prononçant ce genre de phrases n’est pas particulièrement de préserver la personne qu’on quitte. Sinon la manière de rompre généralement utilisée serait un peu plus élégante.
Parce que ok, une rupture ce n’est jamais très folichon, et quelle que soit la durée de la relation, mais il y a quand même des moments où le message de base (nous = fini) passe plus mal que d’autres :
- la rupture par email, ou comment créer une hantise éternelle de l’icône "vous avez un message" ;
- la rupture par texto : bah oui, faut vivre avec son temps alors "kikoo T + ma luv, je te jèt mdr" ;
- en présence d’amis, parce que c’est plus sympa devant des spectateurs ;
- en présence d’amis qui sont au courant de la rupture avant nous : ça nous permet d’analyser après coup toute la soirée et de comprendre un peu mieux les allusions finaudes d’une copine du désormais ex ;
- par téléphone, quand on est au boulot, dans un bureau ouvert : c’est tellement mieux de partager ce moment devant des personnes dont on est si proches, et d’accueillir notre patron qui vient nous voir pour le dossier Trucmuche avec des yeux de grenouille sous ecsta :
- juste après avoir fait l’amour, avec un "j’ai pris ma décision il y a plusieurs jours".
Là, il faut pas mal de volonté, de confiance en soi, d’imagination et surtout d’alcool pour ne pas avoir l’impression d’avoir été considérée comme un bout de viande ;
Et enfin, quelle que soit la manière choisie, ne pas oublier de partir sur cette phrase si classe, si élégante : "mais rien ne nous empêche de coucher ensemble de temps en temps".
Et après avoir vécu ça, on ne peut que se demander pourquoi on recommence quand même…
Mais bon, on sait bien pourquoi ;-)
Hier soir, j’ai profité d’une soirée en solitaire pour regarder "15 août".
Ce film, à part me permettre d’avoir trois hommes pour moi toute seule, montre au second plan la relation entre un père (enfin beau-père) et sa fille ado. Et là, je me suis revue à cet age.
J’ai moi-même été une ado détestable, et j’ai cumulé tous les clichés : J’étais bien sûr mal dans ma peau, je cachais un physique ingrat sous des vêtements informes, et mon visage sous de grosses lunettes. Je m’habillais en noir et portais des docs aux pieds...
Je me rebellais régulièrement contre mes parents, c’est-à-dire que je m’enfermais dans ma chambre en hurlant "tu ne me comprends pas", en claquant la porte et en écoutant Jeff Buckley à fond pour exprimer mon mal-être…
Je passais des heures au café avec mes camarades de classe, en fumant cloppe sur cloppe pour montrer qu’on était des adultes, mais des adultes qui squattent 3 heures en consommant un café pour dix… Puis je rentrais chez moi et passais des heures au téléphone avec ces mêmes camarades, sous l’étonnement de mes parents, et à la moindre remarque de leur part, je partais m’enfermer dans ma chambre et hurlant…(voir plus haut)
Je vouais une adoration à Rimbaud, qui a 17 ans était un génie, ce qui me permettait de croire qu’à 14 ans je pouvais avoir autant de talent. Je me retrouvais dans les poètes romantiques, au sens littéraire du mot hein, pas cette guimauve dégoulinante, mais l’expression du mal-être absolu qui rend la poursuite de la vie impossible...
J’écoutais de la musique sombre, et expliquais à mon père que vraiment, Led Zeppelin, Iggy Pop et David Bowie, c’est trop bien. J’ai compris quelques années plus tard son air goguenard de l’époque quand un jeune m’a parlé de Nirvana en précisant "c’est un groupe de rock". (je suis remontée dans son estime quand je lui ai dit que oui oui, je connaissais, je les avais même vus en concert).
J’attendais avec impatience mon année de terminale pour débuter la philo, et pouvoir enfin exprimer ces idées fabuleuses qui bouillonnaient en moi.
Las, j’ai ensuite compris que cela ne serait pas possible, lorsque j’ai assisté au lynchage d’une de mes camarades de classe après que la prof nous ait encouragés à exprimer nos remarques. J’ai cependant essayé, lors d’une première dissertation, d’exprimer mes idées personnelles à moi : ma note pitoyable, accompagnée du commentaire "n’a pas compris le sujet" m’en a dissuadée. Je me suis donc résignée, ai construit ma seconde dissert sur l’allégorie de la caverne, et ai eu la moyenne.
J’étais engagée, enfin "contre" : contre la guerre (ça tue les gens), contre la pauvreté (c’est pas juste), contre le chômage (c’est nul), contre le racisme (c’est pas bien), contre le cancer (ça tue les gens), contre la pollution (c’est moche), contre le capitalisme (c’est mal)… J’ai même manifesté, je ne me souviens plus trop pour quoi, ou plutôt "contre" quoi…
Bref, je savais tout, voulais changer le monde, et étais sûre d’y arriver.
Mais malgré tous ces clichés, j’aimais bien cette époque.
Allez, aujourd’hui, en souvenir du bon vieux temps, je m’habille en noir et ressort mes vieilles docs. Et je fuck le system.
Oh, there's the moon asking to stay, long enough for the clouds to fly me away…
Bon, ça y est, moi aussi j'ai un blog.
Bah oui, à force de lire tous ces messages pleins de finesse, de drôlerie et d'intelligence, je me suis dit pourquoi pas moi???
En plus, le Nouvel Obs s'y est mis, c'est dire si c'est hype…
L’avantage, c’est qu’on a peu de lecteurs au début, donc c’est pas trop grave si on n’a pas beaucoup de choses passionnantes à raconter, ni de talent particulier pour l’écriture tout ça.
Mais le plus dur, quand on crée un blog, ce n’est pas de remplir le blog, c’est :
1/ Choisir un hébergeur.
Bah oui, y’a pas de Gault et Millau des sites de blogs, donc à part savoir que je ne corresponds pas trop au public des skyblogs, c’est la juuungle, l’inconnu.
2/ Trouver un pseudo.
C’est le souci quand on est à la traîne de la tendance blog, à moins de décider comme ça, instinctivement de s’appeler 876zorglub_45, on doit essayer plusieurs noms différents, subir plusieurs fois l’affront (oui oui) de se voir répondre "ce pseudo est déjà pris", et pour finir, après avoir pesté un bon millier de fois, s’appeler 876zorglub_45.
3/ Trouver un nom de blog.
Bon, comme vous le verrez, j’étais déjà passablement lessivée par l’étape du choix du pseudo, et par la prise de Tranxène qui l’a accompagnée, et mon sens de l’imagination a été quelque peu défaillant.
4/ Décider de l’adresse du blog
Mais pourquoiiiii est-ce aussi compliqué ???
Parce que là encore, un personnage fourbe, caché derrière le serveur de ce site, répondait à chacune de mes brillantes propositions "déjà pris", "bah non, pris aussi", "pfff, t’as aucune imagination, 10.000 personnes y ont pensé avant toi", etc.
Là, j’avoue, j’ai eu des pensées et des mots très méchants pour la personne qui a inventé le blog, et j’ai même imaginé quelques tortures.
5/Trouver une photo pour son profil.
Là, j’avais repris mon calme, et j’ai tenté de trouver quelque chose qui me corresponde.
Mais après plusieurs heures de recherches sur Google images, sans avoir aucune idée de ce qui pouvait bien me correspondre, être arrivée à la conclusion que je n’étais rien, être devenue toute rouge, les oreilles commençant à fumer, j’ai pris le premier truc que Google m’a proposé sur une recherche bidon, et fini avec un poussin bleu ridicule. Qui n’apparaît même pas sur mon blog. M’en fout.
5/ Choisir l’aspect du blog.
C’est pas que je ne suis pas douée en technique, non, mais là j’avoue, je suis une quiche en paramétrage de blog.
J’ai essayé hein, mais voilà, le dieu des blogs n’a pas voulu. Il a regroupé toutes ses forces maléfiques pour m’empêcher de faire un truc bien. Il me déteste.
J’ai quand même réussi à avoir un fond bleu, après quoi j’ai récité quelques alléluia et autres remerciements, mais c’est même pas le bleu que je voulais. Bon on verra ça plus tard.
6/ Rédiger la première note.
Là ça va, l’inspiration m’est bien venue.
Allez, c’est pas tout ça mais j’ai les mains qui tremblent, le visage défait, le front en sueur, le cœur qui va exploser, et il paraît, selon ma coloc de bureau, que je tiens des propos incohérents tels que "Blogus maledictus", "déjà pris, déjà pris, déjà pris", "pourquoi un poussin bleu" et "je hais le Nouvel Obs".
Je vous souhaite donc la bienvenue sur ce blog, et vais me reposer de cet effort inhumain qu’est la création d’un blog.A bientôt !